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Extraits
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Édition n°22, juin
2011.
M comme Maître…
Bashô maître du haïku
Hervé Collet et Cheng Wing Fu
Collection Spiritualités vivantes
Ed.
Albin Michel février 2011.
Le livre débute par de longs extraits du
journal de voyage de Bashô
l'Etroit
chemin vers le Nord profond. A partir de 1689, Bashô commence à mettre en avant
le principe de légèreté (karumi) dans le haïku. La beauté à travers un langage
simple et
dépouillé comme la vie qu'il mena d'ermitage en ermitage.
le jardin en hiver
la lune telle un fil
quelques bruissements d'insectes
Après deux années passées à Edo, il
décide de regagner Ueno, sa ville natale qui le verra
mourir à la fin de l'année
1694, à l'âge de 50 ans. Ville où il écrira son dernier haïku:
malade en voyage
mon rêve erre
sur la lande flétrie.
Le livre d’Hervé Collet et de Cheng Wing
Fu est composé de deux parties: la
première nous
offre un portrait du maître au travers de ses carnets de
voyages et la deuxième, une brassée
de
haïkus de Bashô
dans l'étable dans
le jardin
la rumeur affaiblie des moustiques le parfum des chrysanthèmes
le vent d'automne et une semelle usée
Chantal
Couliou
____________________________
Je viens de lire « Bashô, Maître de
Haïku », ouvrage publié cette année chez Albin Michel.
Ce livre aurait pu
tout aussi bien être intitulé « Bashô à la source » tant il est vrai
qu'il s'agit
non pas d'un énième commentaire sur l'œuvre, mais plutôt d'une
invitation au voyage proposée adroitement par Hervé Collet et Cheng Wing Fun.
En effet, ces deux auteurs nous conduisent,
dans une première partie intitulée
« Portrait », sur les pas de Bashô à travers les écrits du
Maître,
avant de consacrer l'autre partie de l'ouvrage à ses poèmes, chacun d'entre eux
figurant
pleine page en langue française mais aussi en calligraphie japonaise.
Le lecteur est ainsi transporté au Japon
du XVIIème siècle, il suit Bashô dans ses errances,
ses appétits de nature et
parfois ses amertumes vis-à-vis de la société. Son portrait est celui
d'un moine errant et laïc, celui qui aspire, à partir de l'âge de quarante ans, à
s'écarter du
monde et de ses mesquineries.
Recueilli à l'âge de treize dans une
famille seigneuriale, Bashô faillit devenir samouraï. La solide
amitié du fils
de son protecteur contribua sans doute à le diriger vers les Lettres. Cet ami
meurt
trop tôt, cependant un jeune poète est né à ses côtés. Il entreprend
l'étude de la philosophie
taoïste ainsi que celle des poètes chinois. C'est en
hommage à l'un d'entre eux qu'il se fait
appeler « Pêche verte » à
l'âge de vingt-huit ans puis « Le Studio du Papillon » en mémoire de
Chuang Tzu philosophe.
Quant au haïkaï de Chine
j'interrogele papillon
qui voltige
C'est en 1681, à l'âge de 37 ans, que
Rika, l'un de ses disciples, lui offre le bananier qui
scellera son identité
pour toujours. « La résidence est surnommée par les voisins Bashô-an,
L'Ermitage au bananier et son
occupant en vient vite à être appelé Maître Bashô, surnom qu'il
adopte comme nom de plume. » Dans le même temps il s'initie au zen, l'éveil à ce qui
fonde
notre nature, éveil « au rien fondamental » d'après le maître
chinois Feng Chan (IXème siècle),
là où flotte toute la subtilité du monde.
Seule possession
d'une vie dénuée de tout
une gourde de riz
Et puis s'installe le goût de l'errance,
des pèlerinages poétiques « si le zen s'arrête à l'éveil de
la réalité, à
l'expérience pure et simple de l'évidence, la poésie a pour vocation de la
mettre
en mots ».
Voyageur
sera désormais mon nom
première averse d'hiver
Dans ses carnets Bashô écrit ceci :
« A la tombée de la nuit, ayant trouvé un abri dans une
auberge, j'essaie
de me remémorer les paysages de la journée et les poèmes que j'ai
composés sur
le chemin. Je sors mon nécessaire à écrire, m'allonge sous la lampe, les yeux
clos, me tapotant la tête. » Lors de réunions de disciples, il insiste
inlassablement sur le
principe de légèreté (karumi) encourageant le langage
simple et direct.
Descendant le sentier de la montagne
tant me réjouissent
les violettes
De ses irritations vis-à-vis des gens
qu'il croise, Bashô n'exprime à travers ses écrits aucune
colère, aucune
animosité, ici encore le haïku apporte une légèreté, un brin d'humour, une
cocasserie qui souligne la sagesse du maître :
Année après année
le singe arbore
son masque de singe
Bashô vécut cinquante ans, de 1644 à
1694. Au terme du chemin, il conviendra qu'il est
illusoire
de vouloir échapper
aux affres de la vie quotidienne. La sagesse est de s'y arrêter sans en
devenir
esclave. Parlant du haïku il confie : « au bout du compte, sans capacité
et sans talent particulier, j'ai fini par me consacrer entièrement à cette
passion ».
Le rossignol
dans le bosquet de jeunes bambous
chante son vieil âge
Tout est dit : l'oiseau aussi va vieillir, tandis qu'autour
de lui la nature régénère, et le chant, lui,
persiste. Ce chant est le
chant-éveil, baigné de toutes choses, une douce complainte qui
s'élève
inlassable pour dire l'éphémère.
Bashô s'interrogeait sur la valeur de
ses écrits : « Mais les notes que j'ai rassemblées ne sont
peut-être après
tout que le bavardage d'un homme ivre, le bafouillage incohérent d'un
dormeur. »
Près de cinq siècles plus tard, ce chant de rossignol est
toujours audible, sans doute parce
qu'il se consacre à l'essentiel.
Lire Bashô c'est se ressourcer. On ne
dira jamais assez le bonheur de découvrir un tel ouvrage
dans lequel les écrits
du Maître apparaissent à chaque page. Chacun sait que la source est ici
quasi-inépuisable, par cet opus de format de poche, les initiés et ceux qui le
sont moins
peuvent aborder l'œuvre de manière simple et se distraire tout au
long d'un périple que Bashô
lui-même vécut simplement.
Le coucou !
illico le maître de haïku
prend congé du monde
Jean Le Goff
Président de Haïkouest
*
Une curiosité unique : la prosodie vietnamienne en ‘‘six huit’’
par
Dông Phong
La
langue vietnamienne est monosyllabique, mais comporte cinq accents ‘‘phonémiques’’
qu’on peut ajouter à un phonème de base pour exprimer six mots de
significations différentes.
Cette constitution rend cette langue très difficile
pour les oreilles étrangères, mais elle lui
donne aussi une exquise
musicalité : ‘‘Parce que comme si ce peuple naissait avec un organe
bien
juste et bien réglé, et dans une parfaite intelligence avec ses poumons, et
qu’il fût
naturellement maître de musique, il ne prononce jamais de paroles
qu’en les proférant il ne les accompagne de quelques inflexions de voix, et
qu’il ne les débite en air, de sorte qu’il est vrai
de dire que de parler et de
chanter chez les Tunquinois est une même chose’’ (Giovanni Filippo
de Marini, Relation nouvelle et curieuse du royaume de
Tunquin, 1663, p. 171).
Les
six sons issus des accents ‘‘phonémiques’’ sont classés en deux groupes :
bằng (B) ou plain, et trắc (T) ou accentué.
Et
dans cette complexité linguistique, les prosodies
sont très rigoureusement
codifiées, et particulièrement dans cette poésie unique très chantante
dite lục bát ou en ‘‘six huit’’ (pieds alternés), la forme la
plus populaire. Les sons y ont des
positions bien déterminées. En outre, cette
forme comporte des rimes non seulement aux
extrémités finales (rimes caudales),
mais aussi en alternance à l’intérieur des vers (rimes
dorsales). Voici la
règle principale des sons et des rimes des ‘‘six huit’’ :
x B/T
x T x Br1
x B
x T x
Br1 x Br2
x B/T
x T x Br2
x B
x T x
Br2 x Br3
x B/T
x T x Br3
et ainsi de
suite avec Br3, Br4, Br5, etc…
(chacun des mots
monosyllabiques comptant pour un pied est représenté
par x : son
indifférent ;
B : son bằng ;
T : son trắc ;
B/T :
de préférence B, mais T est aussi admis ;
Br1, Br2, Br3, Br4, Br5, etc… :
rimes 1, 2, 3, 4, 5, etc… obligatoirement en B).
La
citation suivante, parmi les 3254 vers du célèbre roman versifié Kim Vân Kiều
de Nguyễn Du (1766-1820), illustre
cette rigueur prosodique :
Tiếc thay(B) một
đóa(T) trà mi(Br1)
Con ong(B) đã mở(T)
đường đi(Br1) lối về(Br2)
Một cơn(B) mưa
gió(T) nặng nề(Br2)
Thương gì(B) đến
ngọc(T) tiếc gì(Br2) đến hương(Br3)
Đêm xuân(B) một
giấc(T) mơ màng(Br3)
Traduction :
Regret pour une fleur de camellia
Le bourdon s’y est frayé son va et vient
Ce fut une bourrasque lourde de pluies et de vents
Sans aucun ménagement pour sa perle et son parfum
Une nuit de printemps chargée de cauchemars
Malgré
la complexité de l’exercice, les ‘‘six huit’’ constituent la forme poétique la
plus répandue
au Viêt Nam, allant des monumentaux romans versifiés aux nombreuses
compositions
populaires d’auteurs anonymes qui ne sont pas toujours des
lettrés :
chansons populaires (ca
dao), pamphlets satiriques (vè),
en passant par les comptines,
les berceuses et les proverbes.
Mais
que vient faire cet article dans notre Lettre
consacrée au haïku, diriez-vous ?
C’est
pour vous faire découvrir des cousins du haïku que sont les innombrables
proverbes
composés de distiques en ‘‘six huit’’ (deux vers de quatorze
monosyllabes), dont les
Vietnamiens ont l’habitude d’émailler leurs
conversations courantes, comme des références
à la grande sagesse ancestrale
et, par conséquent, comme des arguments…irréfutables.
Ils sont aussi souvent
chargés d’un humour caractéristique du « rire vietnamien ».
En
voici quelques exemples :
Ta về ta tắm ao
ta,
Dù trong dù đục,
ao nhà vẫn hơn.
Rentrons nous baigner dans notre étang,
Qu’il soit limpide ou trouble, notre étang est le
meilleur assurément.
Yêu nhau, mấy núi cũng trèo,
Mấy sông cũng lội, mấy đèo cũng qua.
Quand on aime, peu importent les montagnes à escalader,
Les
fleuves à guéer et les cols à traverser.
Ai ơi, đừng lấy
học trò,
Dài lưng tốn vải, hay no lại nằm.
Ô jeunes filles, n’épousez jamais un étudiant
lettré,
Son long dos coûte cher en tissu, et une fois
rassasié il ne sait que se coucher.
Chồng thấp mà lấy
vợ cao,
Như đôi đũa lệch, so sao cho vừa ?
Un petit homme qui épouse une grande femme,
C’est comme une paire de baguettes inégales, comment
pourraient-ils s’appareiller ensemble ?
Chớ thấy hùm ngủ
vuốt râu,
Đến khi hùm dậy
đầu lâu chẳng còn.
Ne tire jamais les moustaches du tigre qui dort,
S’il se réveille tu auras vite perdu ta tête de
mort.
* G.
Dumoutier, Essais sur les Tonkinois, Imprimerie d’Extrême-Orient,
Hanoi-Haiphong, 1908, 344 p.
Édition n°21, avril
2011.
A comme Autre monde
par Jean
Le Goff
Cet autre
monde -
Richard Wright
Editions
La Table Ronde - Avril 2009
Peut-être
ne connaissez-vous pas Richard Wright (1908-1960), considéré comme
un grand écrivain aux Etats-Unis, connu pour
son combat contre la discrimination raciale ?
Homme de couleur, essayiste et
romancier, il s'employa à dénoncer la condition faite à ses
frères dans
l'Amérique d'avant Martin Luther King.
Son aura, il la doit à un recueil de
nouvelles : « Les Enfants de l'oncle Tom », inspiré
des premières
années de sa vie, misérables, au Mississipi, considéré comme l'un des États
les
plus racistes du pays à cette époque. L'ouvrage fut publié en 1938 et le rendit
célèbre.
Ensuite vinrent deux romans passés eux aussi à la postérité :
« Un enfant du pays » puis une autobiographie intitulée « Black
Boy » et rendue publique en 1945.
Richard Wright s'exile en France au
cours des dix-huit derniers mois de son existence.
Le 8 juin 1960, de Paris, il
fait parvenir à son éditeur new-yorkais un recueil de 817 haïkus ... « Pendant ma maladie, j'ai fait
des expériences avec la forme de poésie japonaise qu'on
appelle haïku ; j'en ai
composé près de quatre mille, et maintenant je les passe au crible pour
voir
s'ils valent quelque chose », écrit-il. Le
recueil des 817 haïkus se voit opposer le refus de
l'éditeur américain, sans
doute peu réceptif à cette autre forme d'expression chez cet auteur
reconnu.
Sa mort survient le 28 novembre 1960
à l'âge de cinquante-deux ans et il faudra
attendre trente-huit ans pour voir un
nouvel éditeur s'intéresser aux haïkus de Richard Wright.
En France, ce sont
les éditions de La Table Ronde qui ont publié ce même recueil en 2009
et dans
une présentation bilingue.
Julia Wright, sa fille, revient, en
un touchant témoignage sur la genèse de l'ouvrage :
« L'un des derniers
souvenirs que j'ai de mon père, au cours de l'été et de l'automne qui
précédèrent sa mort, est son travail de
composition de ces milliers de haïkus. On ne le voyait
jamais sans sa
collection de haïkus sous le bras (...) et je me rappelle qu'il en suspendait
des
pages et des pages, comme pour les faire sécher, sur de longues tiges de
métal tendues à
travers l'étroit coin-bureau de son minuscule studio parisien
privé de lumière... »
Est-ce le souvenir de l'enfant mort-né
sur l'une des terres les plus riches du monde qui
inspire à Richard Wright le
premier haïku du recueil ?
Je ne suis personne :Un soleil couchant d'automneM'a laissé sans nom.
Brièvement, on pourrait s'esclaffer, « cela commence
fort ! ». Plus loin, il y a d'autres
poèmes tout aussi bouleversants :
Quittant le docteur,
Le monde a l'air différent
Ce matin d'automne.
De la fumée blanche :
Par la cheminée de la veuve
Émerge l'hiver.
Même les vieux amis
Ont des allures d'étrangers
Sous la première neige.
Si la force d'un haïku réside parfois dans le silence qu'il
suscite, peut-être
conviendrez-vous avec moi que ceux-là en sont de purs
exemples ?
Mais ces silences-là ne sont jamais
glaçants, la plume de Wright laisse apparaître un formidable appétit de vivre :
Ce qu'il faut de lune
Pour que le parfum des pommes
Éclaire le verger.
La ferme en été :
Vingt queues de vaches froufroutent
En chassant les mouches.
Je laisse aux moineaux
Les fils télégraphiques, après
D'aussi bonnes nouvelles !
Et l'auteur réunit autour de lui un immense bestiaire ;
outre les vaches, les moineaux,
voici les chats :
La lame du couteau
Sanglant, léchée par un chat ;
On tue le cochon.
et
puis les escargots ...
Décide-toi,Escargot !
A demi chez toi,
Et moitié dehors !
mais
aussi les serpents, les chevaux, les rats, les araignées, les oies... que je
vous invite
à découvrir.
A lire cet auteur, on s'imagine très
bien au milieu d'une grande plaine à l'ouest du
Mississipi, prendre l'air comme
il vient, un transat à la terrasse d'une maison de bois,
une lumière mordorée
de fin d'été indien –
Un été indien
S'en vient couvrir Négreville
De ses tonnes d'or.
Au
fil des pages on découvre un univers de solitude, à l'écoute des soubresauts de
la
nature, sans amertume, ni tension, une sorte de ravissement d'être en phase
avec le monde ...
Elle se dénude,
Durant sept secondes la lune
Effleure ses seins.
et
puis il y a ces poèmes en forme d'ultimes messages et qui vous touchent
d'autant
plus qu'ils peuvent être entendus dans la langue originelle :
I have lost my
way
Je me suis perdu
In a strange
town at night –
Dans cette ville
étrangère –
A
sky of cold stars
Ciel d'étoiles froides.
An
old lonely man
Un vieil homme seul
Had
a long conversation
Bavardait sans fin.
Late one winter
night
Tard par une nuit d'hiver
Lisez « Cet autre monde » de
Richard Wright, tout y est vivant.
Haïku - Cet autre monde - Richard
Wright -
Ed. La Table RondeIntroduction de Julia Wright –
Traduction de Patrick Blanche
Livre disponible en Librairie Haïkouest
– www.haikouest.net
E comme Editions
Les
derniers livres dans notre Librairie :
A cloche piedTertium Ed. Chantal Couliou
Pour apprivoiser le ventS’ Ed. Chantal Couliou
Derrière
les hirondelles Ed. AFH Danièle Duteil
Mondes Ed.AFH Danièle Duteil
Papy,
conte-nous ta terre lointainePublibook Dông Phong
Vers de terre d’Armorique Publibook Dông Phong
Roue
des cinq saisons suivi de Entrée+Plat+dessert Ed. Fraction R.Halbert
F comme félicitations
à François Jegouadhérent
de Haïkouest
qui, le 15 mars 2011, a obtenu le deuxième prix du 25
concours de haïku organisé par
l’ambassade du Japon à Dakar.
Tous les flamants roses
Ainsi mon chien à l’arrêt
Une patte en l’air
L comme Logo…
Haïkouest
s’est doté d’un logo.
Dessin réalisé par Alain Legoin,
conseillé par Roland
Halbert durant une année de recherche artistique. Il a été
présenté le 26 mars 2011 et a été
adopté à l’unanimité.
Dorénavant, il sera
présent en en-tête de lettres, sur tout document Haïkouest et sur les
cartes
d’adhérent qui sont en cours d’impression.
N
comme Naissance…
Nous avons le plaisir de vous faire part de la création d’une nouvelle
association :
l’AFAH.
Association
Francophone des Auteurs de Haïbun
Objet
Favoriser par tous moyens l’expression et la diffusion du haïbun en
langue française
ainsi que la recherche et la réflexion autour de ce genre
littéraire.
Siège social
Chez Danièle DUTEIL
211, rue des Fantaisies
1794Rivedoux-Plage Tél. : 06 81 42 58 49
Conseil d’Administration
Danièle Duteil, présidente, Gérard Dumon, trésorier
et Michel Duteil, secrétaire puis Meriem
Fresson et Patrick Somprou.
Toute personne intéressée pourra se manifester
auprès de la présidente.
La cotisation annuelle, fixée à 10 €, est à régler
par chèque libellé à l’ordre de
l’A.F.A.H. et à adresser à :
Gérard Dumon,
Trésorier A.F.A.H., 14 rue du Général Sarail, 17450 Fouras.
D’ores et déjà, vous pouvez faire
parvenir vos haïbun et vos suggestions à
P comme Parution…
A compter de cette édition, La
Lettre sera désormais trimestrielle et vous parviendra à la
date du
changement de saison. Vous recevrez donc La Lettre22, le mardi 21 juin
2011.
Pour une participation active de la part
de nous tous,n’hésitez surtout pas à nous
communiquer
une idée, une réflexion, une lecture, un article etc.
La Lettre reste toujours
à construire autour des objectifs de communication et de partage
qui nous
réunissent.
Le groupe
rédaction : Chantal Couliou, Jean Le Goff, Régine Béber, Alain Legoin.
R comme Rythmes…
DOCUMENTATION
Jusqu’en 1873, le Japon
suivait le calendrier chinois.
« Dans le calendrier
traditionnel chinois, les signaux de chaque saison, sortes de
repères naturels,
sont la traduction de formules où chaque fois se retrouve un rythme commun
à la
société des hommes et à l’Univers. Très concrètement, ce calendrier s’anime sur
la base
de mutations rythmiques selon
la définition de Marcel Granet. Il s’agit de la conjugaison de
remarques sur le
comportement de la nature, et d’une division de l’année en douze lunaisons,
avec un mois intercalaire les troisième et cinquième années d’un cycle
quinquennal.
A chaque
lunaison correspond
deux parties elles-mêmes divisées en trois signaux naturels appartenant
en
propre à cette période. C’est aux premiers astronomes que l’on doit la trame de
ce
calendrier, dont le contenu, c’est-à-dire les évènements naturels liés à
chaque saison
– habitudes animales, rites des végétaux, manifestations célestes
– est réparti en fonction
de cette classification savante.
Ce calendrier se présente
comme suit :
DEUXIEME MOIS FEVRIER
Avènement du printemps (4
février) :
— Vent d’Est apporte le
dégel
— Rossignol se met à chanter
— Poissons remontent à la
surface gelée
Averses (20 février) :
— Dans le sol revient
l’humidité
— Retour des brouillards
rampants
— Arbres et plantes
bourgeonnent
TROISIEME MOIS MARS
Eveil des insectes (6 mars) :
— Cocons d’insectes
s’ouvrent
— Pêchers refleurissent
— Chenilles deviennent
papillons
Equinoxe de printemps (21
mars) :
— Moineaux font leur nid
— Cerisiers commencent à
fleurir
— Tonnerre donne de la voix
QUATRIEME MOIS AVRIL
Clarté (5 avril) :
— Hirondelles arrivent
— Oies sauvages à nouveau se
posent sur les eaux natales
— Premières apparitions de
l’Arc-en-ciel
Pluies nourricières (20
avril) :
— Roseaux se sont mis à
pousser
— Fin des gelées blanches,
début des semis
— Fleurs de pivoines
s’ouvrent
CINQUIEME MOIS MAI
Avènement de l’été (6
mai) :
— Grenouilles commencent à
coasser
— Vers de terre apparaissent
— Pousses du bambou sortent
Premières plénitudes (21
mai) :
— Eveil des vers à soie qui
dévorent les feuilles du mûrier
— Fleurs aux teintes
pourpres prospèrent
— Saison des blés revient
SIXIEME MOIS JUIN
Roseaux barbus (6
juin) :
— Retour des mantes
religieuses
— Lucioles naissent dans les
feuilles
— Fruits du prunier
mûrissent
Solstice d’été (21
juin) :
— Simples dépérissent
— Fleurs d’iris s’ouvrent
— Lèvent les dernières
semailles
SEPTIEME MOIS JUILLET
Chaleurs légères (7
juillet) :
— Saison des vents tièdes
— Lotus commencent à fleurir
— Dressage du faucon
Grosses chaleurs (23
juillet) :
— Paulownias fleurissent peu
à peu
— Gorgées d’eau sont les
terres, moite la chaleur
— De temps en temps, grosses
averses
HUITIEME MOIS AOÛT
Avènement de l’automne (8
août) :
— Retour des vents frais
— Cigales chantent
— Brumes épaisses montent et
descendent
Chaleurs s’amenuisent (23
août) :
— Etamines du cotonnier
s’ouvrent
— Ciel et terre se
refroidissent
— Arbres portent des fruits
NEUVIEME MOIS SEPTEMBRE
Rosée blanche (8
septembre) :
— Rosée blanche sur l’herbe
— Bergeronnette chante
— Hirondelles s’en vont
Equinoxe d’automne (23
septembre) :
— Voix du tonnerre ne
s’entend plus
— Insectes referment leur
cocon
— Peu à peu tarissent les
eaux
DIXIEME MOIS OCTOBRE
Rosées glacées (8
octobre) :
— Oies sauvages reviennent
— Fleurs de chrysanthèmes
s’ouvrent
— Sauterelle est au nid
Dépôt de gelée blanche (23
octobre) :
— Gelées blanches se
déposent
— Brèves averses, par
à-coups
— Feuilles d’érable
rougissent
ONZIEME MOIS NOVEMBRE
Avènement de l’hiver (7
novembre) :
— Camélias s’épanouissent
— Gel durcit le sol
— Souci des champs exhale
son parfum
Légères chutes de neige (22
novembre) :
— Disparition des
arcs-en-ciel qui se cachent
— Vent du Nord nous fait
ramasser les feuilles mortes
— Mandarines prennent des
couleurs
DOUZIEME MOIS DECEMBRE
Grosses chutes de neige (7
décembre) :
— Froid le ciel, présent
l’hiver
— Dans sa tanière l’ours est
blotti
— Saumons se rassemblent
Solstice d’hiver (22
décembre) :
— L’hiver s’épanouit et
dépérit l’été
— Chute des cornes de daims
— Tombe la neige, germe le
blé
PREMIER MOIS JANVIER
Froids légers (6
janvier) :
— Simples et cigües
prospèrent
— Fontaines gardent un peu
de chaleur
— Premiers cris des petits
animaux
Grands froids (20
janvier) :
— Pas d’âne s’épanouissent
— Marais s’assèchent et
durcissent
— Oiseaux de basse-cour se
mettent à couver
[…] Il n’est pas indifférent
que ce type de calendrier ait pu être très tôt présent au Japon, en
accompagnement d’autres éléments de la civilisation chinoise, au moment de
l’intense
sinisation de l’archipel entre le IVe et le VIIIe siècle. Les
Japonais ont sans doute créé une
partie de leur réceptivité aux phénomènes
naturels à travers le prisme de ce calendrier qu’ils
ont fait leur. Mais ces
thèmes évocatoires quelque peu officiels n’ont pas empêché
l’accumulation
d’expériences spécifiques suffisamment originales pour que, sur le mode
artistique, le poète Sôgi propose déjà en 1563 – dans le
« Hakuhatsushû » œuvre publiée
61 ans après sa mort – une fidèle
correspondance entre le thème abordé dans un poème
et les circonstances
saisonnières de cet acte de création. »
Alain Kervern
Extrait
de « Malgré le givre » p 91 à 98, avec son aimable autorisation
Malgré le givre
Essai sur la permanence du haïku
Alain Kervern
Ed. Folle Avoine 1987
V comme Vietnam…
par Dông Phong
Selon leur
mythologie, les Vietnamiens descendent
de l'union du Roi
Dragon et de
l'immortelle Âu Co.
Dragon ©Dông Phong
Peinture murale au temple de la Montagne
de Jade de Hanoi.
Le Vietnam est,
comme disent d’aucuns, un grand pays de poètes. La poésie y est
appréciée par
toutes les couches sociales, des paysans aux professeurs d’université.
Les
journaux et les magazines réservent toujours quelques pages aux poèmes.
La poésie
vietnamienne utilise habituellement de nombreuses formes très strictement
codifiées : « six huit » et « double sept six huit »
aux rimes dorsales et caudales et aux
positions toniques internes bien définies,
prosodie Tang, « nouvelle poésie », etc. La littérature vietnamienne
offre par ailleurs des romans versifiés contenant des milliers de vers.
Pagode sur Pilier Unique. ©Dông Phong
L'un des plus anciens monuments de Hanoi (XIè)
Le haïku n’est
que d’apparition récente au Vietnam (vers 1971-1972) et se confine principalement
dans les milieux universitaires. Cependant, cela n’a pas empêché que, lors du
premier concours organisé en 2007 par le Club Vietnamien du Haïku nouvellement
créé, 400 participants ont présenté 4 000 textes.
Voici quelques haïkus d’auteurs les plus
connustraduits par Dông Phong :
De
Chế Lan Viên (1920-1989) :
Anh chỉ còn một nhúm xương tro trong bình
Em đừng khóc
Ngoài vườn hoa cỏ mọc
Je
ne suis plus qu’une poignée de cendre dans l’urne
Ne
pleure pas petite sœur
Dans
le jardin l’herbe continue de pousser
De
Huyền Tri :
Hoa mai trên cành
làn gió xuân nhẹ
buông mình thong dong
Des
fleurs d’abricotier sur leur branche
dans
le vent léger du printemps
s’exposent sereinement
De
Lưu Đức Trung :
Uống quả dừa
Hút đại dương
vào vũ trụ
Boire
une noix de coco
Aspirer
l’océan
vers
l’univers
Em tặng cây si
Rễ bám từ tim
xuyên hai thế kỷ
J’offre
un figuier
Ses
racines accrochées à mon cœur
ont
traversé deux siècles
Tìm về quán cũ
nghe bản nhạc xưa
Cố nhân ngàn trùng
Revenir
à l’ancienne auberge
et
écouter une vieille musique
L’ami
d’autrefois est si loin
V comme Voilà…
Vingtième
et unième édition de « la lettre » pour une participation active de
la part
de nous tous : une idée, une réflexion, une lecture, un article
etc. « La Lettre » reste
toujours à construire autour des objectifs
de communication et de partage qui nous
réunissent. Bonne réception et à bientôt.Très cordialement.
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